La soutenance de Sydlia Cossard (Sydney Collin et Julia Dissard) marque la fin d’une étape dans la réflexion développée avec les habitants autour de l’avenir de l’ancienne école des Beaux-Arts suite aux quatre ateliers participatifs ( Atelier 1, Atelier 2 , Atelier 3, Atelier 4) organisés en partenariat avec la Fabrique de la Ville.
Ce moment de synthèse de notre démarche et la transcription des envies des habitants en propositions architecturales et programmatiques n’est pas un point final mais au contraire une base pour poursuivre une réflexion commune sur ce bâtiment et le quartier qui l’entoure.

Nous allons vous partager ici ce que nous avons proposé lors de notre soutenance et qui est l’aboutissement de notre démarche participative.
L’atelier 3 nous a poussé à proposer un unique projet. Cependant, pour représenter les subtilités de chaque proposition, il nous semblait important de présenter plusieurs variations programmatiques de ce même projet architectural.
Depuis ce projet a bien évolué et s’est enrichi graphiquement permettant ainsi de mieux le visualiser et ainsi pouvoir en débattre.
Les variantes programmatiques ont elles aussi évoluées suite aux retours de l’Atelier 4. Voici- ci dessous les deux programmes envisagés.


Traversée du projet
Pour comprendre le projet architectural, nous vous proposons de traverser le bâtiment du Nord au Sud, pour découvrir son fonctionnement et les espaces invariants qui structurent la vie du lieu.

Notre concept propose de se tourner vers ce que nous avons appelé la ville secrète (en bordeaux ci-dessus). C’est la ville du quotidien et de ceux qui la font vivre, c’est-à-dire la ville des habitants…
Concrètement, comment traduit-on ce retournement vers la ville secrète ?

Là où la circulation principale du bâtiment se faisait initialement au sud, nous avons décidé de la basculer au nord dans une coursive extérieure qui se retourne en toiture.
Ce basculement permet différentes choses.

Tout d’abord, la coursive anime la rue Neyret. Elle montre que le bâtiment vit grâce aux personnes qui circulent le long des couloirs suspendus ou qui s’arrêtent pour regarder la rue à travers la paroi en polycarbonate ondulé.
D’autre part, la coursive rend la toiture du bâtiment accessible par l’extérieure. Le jardin partagé devient de cette manière un prolongement de l’espace public tout comme la coursive qui devient un développement en hauteur de la rue Neyret.

Ainsi, la ville secrète peut s’approprier la “ville paysage”, en surplombant tout Lyon.
L’aile ouest de la toiture comporte des jardins privés qui partagent un composteur et une cabane à outils. A l’Est, nous avons développé l’aspect pédagogique du jardin. Les apports théoriques peuvent se dérouler en intérieur, dans l’amphithéâtre citoyen qui se trouve au même niveau. Un espace de contemplation du paysage borde le jardin de quartier à l’ouest et le jardin pédagogique à l’est. Il prend la forme d’un cours d’eau qui longe le bord de la façade sud dans lequel on peut faire trempette en regardant le paysage.

Du point de vue de la distribution intérieure, la coursive permet de maximiser les possibilités de cloisonnement et d’accès aux espaces mais surtout de bénéficier d’espaces traversants dans lesquels les gens pourront contempler la vue au Sud.

Enfin, la géométrie de la coursive n’est pas anodine. Depuis la rue Neyret, l’inclinaison permet de mener les passants vers le corps central où se situe l’entrée. A l’intérieur, à mesure que l’on se dirige vers l’extrémité des ailes du bâtiment, cet angle permet à la coursive de s’éloigner progressivement de la façade afin de créer une intimité.
Un bâtiment citoyen
Maintenant rentrons dans le bâtiment depuis la façade nord en passant par la coursive.

L’espace est conçu de manière à ce que le cœur du bâtiment irrigue les ailes. Concrètement, cela signifie que les espaces communs et citoyens se concentrent dans et autour du cœur tandis que les espaces plus privés se répartissent plutôt vers les extrémités des ailes.
A titre d’exemple, l’amphithéâtre citoyen comme on l’a vu plus haut, est situé au dernier étage dans le coeur. De même, la maison du projet et une bibliothèque investissent le coeur centrale aux étages.

La Maison du Projet est l’élément fédérateur du bâtiment car c’est là qu’on vient imaginer le lieu demain. On peut à la fois se rencontrer (d’où la connexion avec le bar à côté), faire des ateliers, venir voir une exposition, faire des réunions, …
Quand on s’éloigne du cœur, les premières salles sont souvent des salles dédiées à des activités diverses ou à des bureaux de praticiens, puis ces espaces font place à des logements ou des locaux d’associations en résidence.
Les logements peuvent facilement se transformer en bureaux ou inversement.
Suite aux échanges de l’Atelier “Action Réaction” une loge ainsi qu’un logement pour un gardien ont été intégrée. La place du gardien semble centrale d’une part pour la sécurité du lieu et aussi d’un point de vue social (aider les personnes âgées, renseigner …)
Enfin, la ressourcerie est elle aussi un élément programmatique qui se retrouve dans les deux variantes.
Elle a été pensée pour créer un lieu plus autonome comme le demandaient les habitants. Ce lieu comprend à la fois des espaces de stockage, de réparation et de vente. Pour le bâtiment c’est d’une part une ressource financière grâce à la vente, une ressource en matières premières car une partie des meubles et matériaux peuvent servir à l’aménagement des salles et c’est aussi un lieu de réinsertion social.
La ville paysage
Maintenant que nous avons visité l’intérieur du bâtiment, nous vous proposons de le traverser en passant par son corps central pour rejoindre la ville paysage. C’est de ce côté que se situe la majorité des barrières physiques.
La façade Sud est aujourd’hui souvent critiquée, par les habitants eux même, car elle a l’allure d’une forteresse. L’idée a donc été pour nous d’ouvrir cette forteresse et de se réapproprier les “remparts”

Pour cela, d’une part on détruit les deux édicules qui se trouvent aux extrémités du bâtiment pour mettre en valeur la géométrie du corps de bâti principal. Les terrasses avant sont ainsi agrandies et font le lien entre le rez-de-chaussé du bâtiment le jardin.
D’autre part, on vient créer une nouvelle entrée dans le corps central du bâtiment sur la façade Sud qui permet de traverser le bâtiment de part en part.
Cette question de la traversée du bâtiment nous a demandé beaucoup d’aller-retours entre la dimension urbaine du projet et le processus participatif.
La percée physique dans l’axe de la montée Neyret est un élément récurrent dans les propositions des étudiants d’architecture des années précédentes. Le PLU-H oriente clairement vers cette idée là, en détruisant une partie de l’ENSBA, comme l’avait proposé SUD architecte.
Cependant nos échanges avec les habitants sont venues remettre en question cette logique établie.
Le vocabulaire d’un axe majeur à cet endroit précis n’est pas forcément cohérent avec la manière dont est pratiqué le quartier par les habitants. De plus, cette nouvelle percée serait à deux pas de la montée de la Grande-Côte. Pourquoi toujours offrir un point de vue de la même façon (sur un “plateau doré”), alors qu’il y a de multiples façon de le dévoiler ?
Ces réflexions nous ont finalement poussé à ne pas envisager de percer le bâtiment dans l’axe de la montée Neyret mais à plutôt penser une traversée à travers le corps central, en l’envisageant comme une traboule.
D’autre part, la question de la traversée peut se poser à une échelle plus large. Le constat que l’on peut faire à échelle urbaine, c’est que l’ex-ENSBA est située dans un environnement dont les composantes sont fragmentées.

Pour se réapproprier les “remparts”, nous avons envisagé la rue des tables claudiennes et le viaduc comme de véritables balcons paysagers. Le viaduc serait traité comme un vrai espace partagé entre piéton et bus.
Quant à la rue de Sportisse, se pose la question de sa requalification ou suppression (moyennant la révision du plan de circulation) pour retrouver l’unité du Jardin des plantes.
En attendant, on propose une solution de transition qui permet de marquer beaucoup plus les cheminements piétonniers en cassant la rhétorique automobile des voiries. L’idée est que l’automobiliste voit le changement de revêtement comme un signal et que le piéton sente que l’espace est pensé prioritairement pour lui.

Nous créons également un nouveau cheminement dans le jardin des Plantes permettant d’accéder plus directement à l’entrée Sud de l’ex-ENSBA.
Ensuite, L’amphithéâtre des Trois Gaules est rendu à l’espace public et ses gradins prolongés sur la partie supérieure de façon à faire le lien avec la rue des tables claudiennes et l’école des tables claudiennes.
Les abords de la façade Nord sont aussi pensés pour mettre en valeur la ville secrète. L’espace de la rue Neyret se situant entre l’ENSBA et l’Eglise serait progressivement piétonnisé afin d’offrir une nouvelle physionomie à cette rue délaissée.

Et après ?
Nous pouvons dire que du point de vue architectural et urbain, notre démarche nous a permis de vraiment déplacer notre point de vue et d’envisager le site autrement, et cela ne s’est pas fait forcément facilement. Cette remise en question s’exprime sur plusieurs points :
- la remise en question de la stratégie urbaine établie (notamment à travers la percée du bâtiment)
- la déconstruction notre envie de faire un lieu (ou des lieux) “thématique(s)” pour se tourner vers un lieu plus multiple et évolutif
Ainsi, cette démarche participative a permis d’ouvrir une réflexion plus large. Une telle démarche semble non seulement possible, mais aussi indispensable pour repenser Lyon avec ses habitants (et non pour les changer).
Aujourd’hui, nous savons que le calendrier politique s’est accéléré et l’enjeu est surtout de pouvoir endiguer la vente du bâtiment au Crédit Agricole. La Fabrique de La Ville a repris le flambeau sur l’organisation des ateliers et l’interpellation des pouvoirs publics au sujet de l’ex-ENSBA.
N’hésitez pas à rejoindre leur groupe facebook pour suivre leurs actions et réfléchir à faire la ville autrement.
Pour notre part, c’est la fin du collectif SydLia Cossard (pour le moment…). Si vous souhaitez voir plus d’éléments graphiques, n’hésitez pas à aller consulter nos planches de soutenance et notre notice de PFE.
Un grand merci à tous ceux qui nous ont soutenu, à tous les participants des ateliers pour leur enthousiasme, à nos enseignants pour nous avoir donné la possibilité d’entreprendre une telle démarche, à la Maison de l’Ecologie pour son accueil chaleureux au sein de ses locaux et enfin à la Fabrique de la ville pour nous avoir fait confiance !
A une prochaine pour de nouvelles aventures !
Julia et Sydney













































